Ceci-encore
Ceci encore : Il faut être attentif, il n’y a que ce petit peu au loin qui bouge sur l’image.
Le film est une photo animée. Minuscule mouvement montré.
Battement de paupière urbain. Plan large, et rien de gigantesque.
Le tout, un carrousel fluide, une mécanique de ville, une horlogerie calme et rythmée de visages, d’automobiles en file, de lignes électriques balancées par le vent.
Mais il y a quatre écrans et les images se composent encore entre elles :
le manège est plus vaste.
Ceci encore : Il y a des textes écrits.
Générés au hasard, pertinents ou absurdes, ils légendent les images montrées.
Bancs titres, clin d’œil d’un premier cinéma naïf, la post synchronisation pas encore inventée. Il y a des textes dits : voix off des personnages ? Ce qu’ils disent ?
Ce qu’ils se disent ?
Ce qu’ils diraient peut-être ?
Ce qu’ils n’arrivent pas à se dire ?
Leurs voix intérieures ?
On ne choisit pas.
Ceci encore : Il n’a pas choisi.
Il compose depuis longtemps ensemble les images, les musiques, les sons et les textes.
Ils doivent cohabiter, c’est leur devoir et c’est le devoir du spectateur de relier ensemble chercher le sens de ce qui se lit, s’entend, se voit.
Depuis longtemps, il résiste à choisir... heureusement l’époque le rejoint : « multimédiatique », « transversalisante », elle accepte ceux qui comme lui créent
en «orchestre-homme ». Alors, le voilà qui fait l’usine moderne, tout seul à la maison,
et ça turbine : sons, musique, image, voix, montage, mixage, composition.
Son atelier, une salle blanche, ses instruments, les synapses mystères
de machines à écran.
Ceci encore : Il dit « c’est trop lourd »,
il dit « il faut que je compresse ».
Est-ce qu’il ramène l’informatique à la physique pour que je comprenne ?
Est-ce qu’il en a besoin lui-même pour oser travailler cette matière presque invisible, quasi inexistante, d’icônes, de codes, et de fichiers ?
Le tout ne prend pas de place : pourtant, il ne cesse de se plaindre « je suis coincé,
il faut un autre disque dur externe » — il y en a déjà quatre— « ça tourne pas sur un g4…» il est au bout des techniques.
Il piaffe derrière les ingénieurs, que ça n’aille pas plus vite :
plus de capacité, moins de câbles, moins de fiches, plus de fichiers.
Il veut tout en plus, pour pouvoir ralentir encore et fixer et cadrer sur le mouvement vide.